III – Conséquences sur la santé

A – Les effets du son sur l’oreille

1- Dangerosité d’un son

Il existe des caractéristiques qui définissent la dangerosité d’un son :

Son niveau sonore : Plus un son possède un niveau sonore élevé, plus il est perçu fort et plus il va être dangereux pour l’oreille. En effet, il ne faut pas oublier que le son est une onde qui fait vibrer la matière : on appelle d’ailleurs aussi le niveau sonore le niveau de pression acoustique. La matière soumise à ces vibrations peut finir par être endommagée sous la trop forte pression.

Sa durée :

Schéma de la durée limite d’exposition en fonction du niveau sonore en dB(A)

Capture4

Comme on peut voir sur ce tableau, on peut être exposé à un bruit de 80 dB(A) pendant 480 minutes (soit 8h) sans subir de dommage, ensuite la durée supportable chute drastiquement :

-A 86 dB(A) la durée est de 2 heures/jour

-A 89 dB(A) la durée est de 1 heure/jour

-A 92 dB(A) la durée est de 30 minutes/jour

-A 95 dB(A) la durée est de 15 minutes/jour

-A 100 dB(A) la durée est de 5 minutes/jour

-De 120 à 140 dB(A) la durée est de moins d’une minutes/jour

Ces durées représentent le seuil avant la provocation de dégâts irréversibles.

Comme nous l’avons vu précédemment,  la pression acoustique double tout les trois dB(A), mais ici, on s’aperçoit que le temps d’exposition limite est divisé par deux tout les trois dB(A)

-Sa fréquence :

On distingue dans la fréquence, des hauteurs de son allant des graves (100Hz) aux aigus (20 000 Hz), plus un son va être aigu plus il va être nocif pour le système auditif. Nous expliquerons pourquoi lors de la partie suivante.

Chaque système vibratoire possède sa propre fréquence dite de résonance, si le son qui rentre dans l’oreille possède la même fréquence de résonance que le conduit auditif de l’oreille concernée, on dit que l’oreille entre en résonance . Le conduit auditif va subir des oscillations ce qui va avoir pour effet d’amplifier le son absorbé mais aussi de causer de légers dommages dans le conduit auditif avant de finir par s’arrêter. Le conduit auditif humain a une fréquence vibratoire qui varie autour des 3 Khz

 

-De plus  un son peut aussi être plus dangereux s’il est produit dans un moment inattendu , qui surprend les réflexes naturels de réduction sonore de notre oreille. En effet, le tympan possède des muscles qui permettent de le protéger en cas de sons trop forts. Si le son est produit trop soudainement , les réflexes seront trop tardifs et le son ne sera pas diminué. Cela se produit aussi lorsque le son est produit par à coups : cette manière perturbera les réflexes défensifs de l’oreille trop lents à la détente.

-Enfin un son pourra être plus ou moins dangereux en fonction de caractéristiques liées à chaque personne : certaines seront plus ou moins sensibles en fonction de leur environnement sonore quotidien ou de leur santé et de leur âge.

 

2- Les dégâts aux différents niveaux de l’oreille

On constate après l’étude d’une oreille abîmée, que l’oreille externe n’a subi aucun changement après une exposition à un son trop fort.En revanche, à la limite entre l’oreille externe et moyenne, le tympan (membrane à la manière d’un tambour) peut quand à lui être fissuré suite à un traumatisme sonore de plus de 140 dB.

Le reste de l’oreille moyenne ne subit généralement aucun dégât hormis quelques cas très rares, où les osselets peuvent être cassés ou fêlés, ce qui entraîne une perte de l’audition. Les osselets  transmettent non seulement les sons à l’oreille interne mais protègent aussi celle-ci en réduisant jusqu’à 10 décibels (s’il le faut) les sons arrivants.

Dans l’oreille interne, c’est la cochlée qui va être touchée ou plus précisément, les cellules ciliées et leurs stéréocils. Bien que le seuil de douleur pour l’oreille a été fixé scientifiquement à 80-85 dB, on ne constate les dégâts sur les cils qu’à partir de 90 dB. On peut constater à partir de là, 2 stades de dégâts sur les cils :

-De 90 dB à 110 dB, certains cils sont détruits mais il en reste la majorité.

-A partir de 110 dB, la plupart des cils, voire tous les cils, sont détruits.

Les dégâts subits par les cils sont irréversibles, ils ne soignent pas, c’est-à-dire que les cils ne se régénèrent pas.

Cette perte est traduite par une surdité partielle. Donc, théoriquement si toutes nos cellules ciliées perdent leurs cils, la surdité devient totale.

Nous avons observé que les vibrations sonores, dans la cochlée, passent par la fenêtre ovale pour passer par l’hélicotrème et pour, au retour, passer par la fenêtre ronde. C’est pendant ce cheminement que les cils s’agitent et qu’il y a naissance du message nerveux.

Capture5

Plus les vibrations sont près de la fenêtre ovale, plus elles sont importantes. Les cils captant les sons aigus étant les plus proches de la fenêtre ovale, ce sont eux qui seront détruits les premiers car les vibrations sonores y seront les plus importantes et plus dangereuses. C’est pour cela qu’un son aigu est plus dangereux [Voir le II-b et la tonotopie cochléaire]

Nous avons vus précédemment que au sein de la même cellule ciliée, les cils sont organisés du plus petit au plus grand. Les stéréocils, plus court que les kinocils, sont donc plus rigides mais aussi plus fragiles.

les-faisceaux-de-stereocils

Stéréocils détruits observés au Microscope optique à Balayage

Ces stéréocils participent activement à la naissance du message nerveux par leur dépolarisation. En effet, des ions K+ entrent par leurs canaux ioniques ce qui aboutit à la transmission d’un message vers le nerf auditif. Si des stéréocils sont détruits ou que leur canaux ioniques sont abimés, il y aura moins de signaux envoyés car la quantité d’ions K+ absorbée sera beaucoup moins importante et le processus de mécano-transduction (transformation de mouvement à signal nerveux) ne pourra pas opérer.

Canaux ioniques: Orifices a la surface  des stéréocils.

cils

Rappel du processus de dépolarisation sur des stéréocils sains

Capture6

Absence de dépolarisation sur des stéréocils endommagés

C’est de cette façon que la perception sonore de certaines personnes est détériorée :

-Si la détérioration touche des cellules ciliées internes (responsables du ressenti sonore) le son sera décodé de manière très faible et (de manière générale) le cerveau comprendra qu’il s’agit d’un son très bas en niveau sonore cela se manifestera généralement par une incompréhension.

-Si la détérioration touche des cellules ciliées externes (qui servent quant à elles à amplifier les vibrations des sons de niveau sonore moyen pour le transmettre aux cellules ciliées internes) les sons trop bas en niveau sonore ne seront pas amplifiés et la personne ne les entendra pas.

Pour qu’une personne entende un son avec des cellules ciliées externes endommagées, il faut qu’elle augmente le son de ses baladeurs : c’est le début d’un cercle vicieux , qui prendra fin dans le pire des cas lorsque la personne sera devenu sourde, car ces cellules ne peuvent pas se régénérer contrairement aux autres cellules du corps.

 

3- Les niveaux de dommages :

On distingue  4 niveaux de dommages remarquables au niveau de l’oreille (les deux premiers sont les principaux) :

Le traumatisme auditif : Il s’agit d’un dommage soudain de l’ouïe après un choc sonore intense à partir de 110 dB. Ce choc a pour effet de détruire un bon nombre des cellules ciliées qui tapissent le fond de l’oreille interne. Ce dommage est réparable si la personne atteinte évite toute nouvelle exposition au bruit.

L’acouphène : C’est un bruit dit “parasite”, l’être humain le perçoit comme un sifflement,un bourdonnement dans l’oreille. L’acouphène est la conséquence du dysfonctionnement du système nerveux auditif (voir la suite) ou à une lésion de l’oreille interne.

Il existe deux types d’acouphènes :

L’acouphène objectif , qui a pour particularité de pouvoir être entendu par l’entourage de la personne touchée, cependant il est rare (~5% des cas) mais il est facilement identifiable.

L’acouphène subjectif, lui est plus fréquent (95% des cas) et il n’est entendu que par la personne touchée, il est difficile d’en identifier la cause et les conséquences et donc de le soigner.

Il peut cependant être dû à l’éclatement de la synapse entre une cellule ciliée interne et le nerf auditif (voir la partie II-b)-4 ). En effet, suite à un son trop fort, la quantité de glutamate (agent responsable de la transmission des signaux nerveux) libérée par la cellule ciliée interne est suffisamment importante pour faire éclater le bouton postsynaptique (partie bleue reliant la cellule à la synapse). Cela a pour effet la destruction de la synapse et entraîne donc des anomalies qui sont envoyées au nerf auditif et donc au cerveau. Ces anomalies seront alors ressenties comme un “bruit parasite” : c’est l’acouphène.

Capture7

Schéma représentant la synapse entre une cellule ciliée et le nerf auditif

Il est important de préciser qu’une lésion de l’oreille interne ne peut se soigner actuellement que sous les 48H après l’accident et que si le problème n’est pas traité à temps l’acouphène sera présent à vie.

En dehors de ces deux niveaux de dommage, on distingue les deux types de perte auditive.

La perte auditive temporaire : Elle est la conséquence d’une exposition à un bruit intense pendant quelques heures, elle ne dure pas. Plus le niveau du bruit est élevé, moins la période de perte auditive est courte,on peut donc se soigner de cette perte auditive temporaire en étant dans un milieu silencieux.

La perte auditive permanente : Elle est due à une exposition au bruit quasi permanente ou alors à une exposition courte à un bruit très intense. Si l’exposition se poursuit dans le temps, on parle alors de surdité progressive car l’oreille n’a pas le temps de récupérer et finit progressivement par ne plus entendre.

Suite du TPE